Vendredi 27 mars 2026

En 2019, j’ai eu la chance d’assister aux sélections olympiques canadiennes qui se déroulaient à Niagara Falls, au Canada, avec mon club, le Club de Lutte de Montréal (CNE). Bien que j’aie toujours rêvé d’entraîner aux Jeux olympiques, je n’étais là que pour apporter mon soutien à l’équipe à ce moment-là. Mon rôle consistait à être chauffeur supplémentaire et à aider les athlètes pour tout ce dont ils avaient besoin. J’aurais adoré entraîner, mais je n’avais aucun athlète sous ma responsabilité directe, et cela me convenait parfaitement, car c’était une excellente expérience de pouvoir simplement observer, sans aucune pression supplémentaire.

Les sélections olympiques de 2019 ont été une expérience formidable

En résumé, les sélections se sont très bien déroulées, puisque Linda Morais et Jordan Steen ont toutes deux remporté leurs catégories respectives, ce qui leur permet de se qualifier pour les Jeux olympiques de 2020 à Tokyo. Après la compétition, j’ai croisé mes collègues entraîneurs et je les ai félicitées, car c’était un événement majeur pour notre club et pour la province de Québec. Bien que les remerciements aient été unanimes, on a toujours insisté sur le fait que c’était un effort collectif et que nous avions tous contribué au succès des athlètes. Les athlètes, que j’ai également félicitées, ont exprimé la même sentiment.

Nous contribuons tous à aider nos athlètes olympiques à réaliser leur rêve.

Cela m’a fait réfléchir à l’importance du travail d’équipe. Parfois, on a l’impression que nos contributions sont insignifiantes, mais chaque petit geste compte. Au début, il semble évident que toutes les équipes, surtout les plus performantes, fonctionnent bien ensemble, mais ce n’est pas toujours le cas. J’ai entendu des histoires effroyables provenant d’autres clubs à travers le pays, où entraîneurs et athlètes sont montés les uns contre les autres. On en arrive à un point où les athlètes sont divisés en camps et où chaque camp cherche à supplanter l’autre, chaque entraîneur aspirant à devenir le chef. Il est donc clair que, dans ces situations, la capacité à collaborer au sein de ces clubs est loin d’être optimale. J’imagine la toxicité de ce climat et ses conséquences néfastes à long terme pour les athlètes.

Les Championnats du monde représentent l’exemple parfait de la capacité à se réunir et à travailler ensemble dans un délai très court, et avec un groupe diversifié (Photo propriété de BigJoe Wrestling)

Sans vouloir nommer ces clubs, j’ai été surpris d’apprendre que l’un d’eux était l’un des plus importants et des plus réputés du Canada. Il semble que si ce club parvient à obtenir des succès sur le tapis, c’est surtout malgré son incapacité à collaborer. Il s’agit peut-être d’une exception, car à mon avis, une telle situation est intenable.

Les camps d’entraînement internationaux représentent l’opportunité ultime de travailler ensemble en tant qu’athlètes différents…

Travailler ensemble est parfois plus facile au sein d’un petit groupe. Par exemple, mon équipe de lutte au lycée compte environ vingt-cinq athlètes, répartis principalement en trois catégories d’âge, deux sexes et un seul style. Je gère la plupart des aspects administratifs et le fonctionnement du club est assez simple, car mon appartenance à l’établissement scolaire définit déjà mes responsabilités. Cela me permet également de bénéficier d’un soutien en cas de besoin. Les décisions sont prises rapidement et appliquées sans trop de difficultés. Mais qu’en est-il lorsque l’entité est beaucoup plus importante ? Mon propre parcours d’athlète m’a permis de constater les difficultés logistiques liées à la gestion d’un club beaucoup plus grand. Lorsque je participais à des compétitions, mon équipe était plus petite et ne nécessitait qu’un seul administrateur et deux entraîneurs. Tout était très centralisé et les décisions étaient prises rapidement, ce qui optimisait notre fonctionnement. Aujourd’hui, le club a presque triplé de taille et compte plus d’administrateurs et d’entraîneurs qu’auparavant. Sans dire que nous sommes inefficaces, certaines tâches prennent plus de temps. La croissance est une bonne chose, mais elle comporte aussi son lot de problèmes.

…les entraîneurs, les équipes et les pays doivent pouvoir travailler ensemble pendant toute la durée du camp

La croissance implique une participation accrue à tous les niveaux, des athlètes aux entraîneurs en passant par les administrateurs. Si tous partagent la même vision, cela ne pose aucun problème. En effet, des divergences d’opinions peuvent nuire à la collaboration. Ces divergences peuvent parfois provenir de visions différentes quant à l’avenir du club, ou encore de conflits d’ego. Quoi qu’il en soit, pour la pérennité du club, les parties prenantes doivent collaborer afin de permettre son développement.

De plus en plus de gens pratiquent la lutte, comme en témoigne la croissance des championnats provinciaux.

On observe souvent ce genre de situation lorsque des générations d’entraîneurs s’affrontent. Dans certains cas, l’ancienne génération est remplacée par la nouvelle. Ces nouveaux entraîneurs peuvent avoir des idées et des philosophies novatrices et estimer que leurs prédécesseurs sont trop attachés au passé et incapables d’évoluer. Ils peuvent également souhaiter orienter l’équipe dans une direction différente, que ce soit pour former de meilleurs athlètes ou pour augmenter le nombre de membres. Cela peut engendrer d’avantage de conflits et créer une fracture difficile à résoudre, car les idées et les philosophies divergent. Bien souvent, ils ne parviennent pas à collaborer, ce qui peut finalement entraîner la fracture du club, les entraîneurs les plus anciens étant poussés vers la sortie.

La nouvelle génération d’entraîneurs arrive toujours avec de nouvelles idées et l’énergie nécessaire pour les mettre en œuvre.

Cependant, cela ne signifie pas que la capacité d’un groupe à collaborer soit affectée par sa grandeur. Après tout, même un petit groupe peut compter des éléments perturbateurs. Cette dynamique est souvent visible lors d’événements spéciaux, qui impliquent de se réunir pour travailler sur un projet à court terme. On pense notamment aux camps d’entraînement, aux tournois internationaux et aux Jeux du Canada. Ces événements sont certes de courte durée, mais ils peuvent réunir des personnalités très différentes, avec des visions divergentes quant à la direction de l’équipe et aux objectifs finaux. Dans ce cas, la capacité à collaborer efficacement est cruciale, mais pas toujours facile. Je me souviens de mon voyage aux Championnats du monde et de la facilité avec laquelle tous les entraîneurs ont réussi à s’entendre. Car, en fin de compte, si l’on n’y parvient pas lors d’un événement majeur, c’est toute l’équipe qui en pâtit.

Les Jeux du Canada représentent un moment décisif où l’on demande aux gens de se rassembler et de travailler ensemble.

Enfin, dès qu’un groupe de personnes est impliqué, des conflits, à des degrés divers, surgissent. La clé du succès dans ces situations réside dans la capacité à mettre de côté son ego afin de garantir les meilleurs résultats possibles pour les athlètes. Après tout, quel que soit votre parcours, si vous êtes entraîneur, la réussite des athlètes est votre objectif ultime.