Mercredi 29 avril 2026

Le lundi 30 mars, j’ai invité deux membres de mon équipe de lutte à animer un cours d’initiation pour les élèves de 7e et 8e année de mon école secondaire. Ces deux athlètes ont obtenu de nombreux résultats aux niveaux national et international, ce qui garantissait un encadrement de qualité aux élèves participant aux stages. L’objectif était de faire connaître la lutte et sa présence dans l’école, et, je l’espérais, d’attirer de nouveaux élèves pour l’année scolaire suivante. Dans mon ancienne école, les stages de lutte en cours d’éducation physique étaient presque une tradition annuelle. Le soutien du personnel d’éducation physique et de l’administration était essentiel à leur pérennité. Dans ma nouvelle école, tisser ces liens prend du temps et instaurer de nouvelles traditions peut s’avérer difficile. C’est pourquoi la mise en place de ces stages de lutte en classe est devenue beaucoup plus complexe. Après tout, sans soutien, les possibilités sont limitées.

Les enfants se sont éclatés aux stages

Dans mon dernier article de blogue, j’ai évoqué l’importance cruciale du développement des jeunes. Si certains estiment que, dans notre pays, il s’agit d’une compétence provinciale, je crois au contraire que ce besoin dépasse largement ce cadre et devrait être considéré comme une priorité nationale. En effet, l’ampleur des mesures à prendre exigerait des ressources considérables que seul le gouvernement fédéral pourrait mobiliser. Certes, tout cela est louable, mais la question fondamentale demeure : comment allons-nous financer ces projets ? Et même si des fonds sont trouvés et alloués au développement des jeunes, comment déterminer qui en bénéficiera ? La question se résume à un choix fondamental : faut-il récompenser l’excellence ou la simple participation ? Si nous accordons des fonds en fonction de l’excellence chez les jeunes, cela pourrait inciter les clubs à faire participer leurs athlètes de plus en plus jeunes, ce qui risque de poser problème à l’avenir. Après tout, des études récentes ont démontré que la spécialisation sportive précoce peut nuire au développement à long terme de l’athlète. Devons-nous donc sacrifier le présent pour l’avenir si nous avons besoin de résultats immédiats ? Je ne le crois pas.

Le lycée initie les athlètes à “l’âge idéal”

Dans le cadre de l’investissement dans le développement des jeunes, les Championnats canadiens U19-U17-U15 se sont déroulés le week-end dernier à Grande Prairie, en Alberta. Ce tournoi représente le summum de la compétition chez les jeunes, puisqu’il réunit certains des meilleurs jeunes athlètes du pays. Parmi les participants québécois, plusieurs ont fait leurs débuts au secondaire. On comptait parmi eux des athlètes de l’Académie Beurling, de l’École Secondaire PGO, de l’École Secondaire Heritage Regional, de l’École Howard S. Billings, du Collège Lower Canada, de l’École Secondaire Loyola, de l’École Secondaire PCHS, de l’École St-Thomas, et bien sûr de mon école, l’Académie Royal West, où j’entraîne. Certains de ces athlètes fréquentaient encore ces écoles secondaires, tandis que d’autres en étaient diplômés. C’est dans ce genre de situation que l’on constate concrètement l’importance de l’investissement dans le développement des jeunes et le rôle essentiel du système scolaire secondaire.

Les membres de mon équipe scolaire aux championnats nationaux de 2026

La lutte, de par son statut de discipline de niche, bénéficie d’un avantage fondamental par rapport aux autres sports scolaires à Montréal : bon nombre de nos meilleurs entraîneurs de la province sont également professeurs de lycée. Les jeunes espoirs sont ainsi initiés gratuitement à ce sport par des personnes hautement qualifiées. Pour certains, qui n’ont peut-être pas les moyens de pratiquer un sport dans un club ou une salle de sport, c’est une aubaine qui pourrait s’avérer très fructueuse à l’avenir. Certains affirment que, faute d’installations adéquates dans certaines écoles et compte tenu de la gratuité, la qualité est moindre. Cependant, on pourrait en dire autant de surpayer pour quelque chose qui n’en vaut pas la peine.

Mon ancien lycée a formé de nombreux athlètes au fil des ans

Inciter les jeunes à pratiquer un sport au niveau secondaire n’est pas le seul avantage d’investir dans leur jeunesse. Si vous parvenez à susciter chez eux une passion pour ce sport, vous pourriez avoir d’agréables surprises. À titre d’exemple, certains de mes anciens athlètes du programme de mon précédent lycée sont maintenant entraîneurs. L’un entraîne des combattants dans une salle de AMM, tandis que l’autre est une entraîneuse certifiée PNCE de niveau 3 et dirige son propre programme au lycée. Cela contribue également à pérenniser l’investissement dans la jeunesse des lycées et, espérons-le, favorisera l’essor de ce sport à l’avenir.

Transmettre la passion du sport peut inciter d’autres personnes à devenir également entraîneurs

Enfin, il convient de mentionner que si certaines salles de sport peuvent hésiter à proposer la lutte, les lycées cherchent toujours à offrir des activités sportives lorsque cela est possible, à condition qu’une personne en interne puisse en prendre l’initiative. Cette année, un nouvel établissement correspondant à ce profil a rejoint notre ligue de lycées. Il avait aménagé une salle de lutte afin de proposer un sport supplémentaire aux élèves potentiellement défavorisés ou qui n’en auraient jamais eu l’occasion. Situé en centre-ville, cet établissement ne permettait pas à nombre de ses élèves de payer les frais d’inscription à une salle de sport ou un club privé, ce qui leur interdisait l’accès à ce sport. L’investissement de l’établissement a rendu cela possible. Le lycée était alors à la recherche d’un entraîneur, poste qui a été pourvu plus tard dans l’année.

Les lycées offrent un cadre amusant et sans pression pour débuter la lutte

Enfin, les lycées, en tant qu’acteurs de l’investissement dans la jeunesse, alimentent les clubs sportifs. Nombre de jeunes athlètes de haut niveau intègrent ensuite, à un moment ou un autre, l’une de ces équipes. Certains d’entre eux peuvent alors accéder au niveau universitaire, voire international. Ceci constitue un atout supplémentaire pour les lycées en matière d’investissement et de développement des jeunes.

La médaillée de bronze mondialeLaurence Beauregard, a fait ses débuts en lutte à l’académie Beurling

En définitive, nous devons investir dans le sport scolaire et le promouvoir, car il représente l’une des meilleures options en matière de développement et d’investissement auprès des jeunes. Il nous faut maintenant le développer, et cela devrait être notre objectif pour l’avenir.